Syndicats et politique: un mélange au goût amer

Logo du blogueCe blogue est resté muet trop longtemps. Bien que les sujets reliés au syndicalisme ne manquent pas, le temps est quant à lui parfois manquant.  Cependant, avec la nouvelle coalition syndicale qui a pris naissance très récemment, l’Alliance sociale (lire la nouvelle), ce blogue ne peut rester là sans réaction.

Dans une lettre signée par de nombreux chefs syndicaux de différentes organisations (FTQ, CSN, CSQ, CSD, SFPQ, APTS et SPGQ) et par les leaders étudiants des associations nationales (FECQ et FEUQ), on annonce la naissance d’une nouvelle alliance entre leurs différentes groupes: l’Alliance sociale (lire la lettre). Ce mouvement vise à contrer la monté d’une «pensée dominante qui répète inlassablement des mantras prônant le désengagement de l’État, la privatisation des services publics, le laisser-faire économique et le tout au marché.»  Ceci est sans doute en réaction à la création d’un nouveau mouvement, Liberté-Québec, et surtout en réaction à la possibilité de voir naitre un nouveau parti politique de centre-droite, avec en tête François Legault.

Il n’est pas nouveau que les syndicats se mêlent à la politique. En effet, on sait entre autres que certains syndicats aident des partis politiques à se faire élire soit en leur faisant des dons ou en offrant un appui public lors des élections.  Ils se mêlent aussi de questions de politiques internationales, par exemple en dénonçant Israel, plutôt que de rester neutre et de laisser les membres se positionner. Bien que le fait de pouvoir participer à la vie politique puisse être des plus saines et des plus souhaites dans notre société, je considère que les syndicats doivent se limiter à la négociation des conventions collectives et aux affaires liées à leur membres dans leur contexte de travail, et ce tant que la formule Rand sera en vigueur. En d’autres mots, les syndicats ne devraient pas se mêler de la politique provinciale comme ils veulent le faire entre autres avec leur Alliance sociale.

À cause de la formule Rand, de nombreux travailleurs perdent leur liberté d’association, pourtant garantie par la Charte canadien des droits et liberté. En effet en étant forcés de cotiser contre leur gré au syndicat qui s’installe dans leur milieu de travail, ils sont ainsi obligés de contribuer ainsi aux actions politiques de leur syndicat.  Les syndicats se présentent alors comme représentant tous leurs membres, que ces derniers soient tous d’accord ou non.

Il serait grandement farfelu que quelqu’un réponde à cette situation: «si une personne ne veut pas appuyer le syndicat par ses cotisations, elle peut se trouver un emploi ailleurs». En effet, ce même raisonnement peut être utilisé pour montrer qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des syndicats: «si une personne n’aime pas ses conditions de travail, elle peut se trouver un emploi ailleurs»

Bien sûr, les membres dissidents peuvent se présenter aux différentes instances, présenter leurs points, tenter de convaincre les autres.  Mais ceci est un dur combat, qui coûterait très cher en temps à un individu. Et il est assez claire que sur les instances syndicales, ce sont des gens assez sympathisants au syndicat. Une personne qui doute de l’intérêt de la présence du syndicat n’a pas tendance à se rendre aux rencontres syndicales. Cependant, abolir la formule Rand permettrait de donner un pouvoir direct aux travailleurs vis-à-vis le syndicat.

La liberté d’expression est un concept très important dans notre société, et je la valorise beaucoup.  Cependant, tant que la formule Rand restera en place, les syndicats devraient se limiter dans leurs interventions. C’est le prix à payer pour priver leurs membres du droit à la liberté d’association. Si des gens syndiqués veulent faire de la politique, rien ne les empêche de le faire, à condition qu’ils n’utilisent pas l’argent qui vient des travailleurs syndiqués de force. Ils peuvent se former un groupe et demander des cotisations volontaires et ensuite faire toutes les affirmations qu’ils veulent sur la place publique.

Le plus ironique dans toute cette histoire est que la vision présentée par l’Alliance sociale se rapproche beaucoup du parti politique Québec Solidaire. Et pourtant, les centrales syndicales québécoises ont plutôt tendance à donner leur appui au Parti Québécois. De plus, bien que 37.6% des travailleurs québécois étaient syndiqués en 2004 (référence) , j’ai un gros doute que la majorité de ces travailleurs votent pour Québec Solidaire, qui se classe en 5e place dans les intentions de vote selon un récent sondage Léger-Marketing. En fait ce sondage considérait l’existence hypothétique d’un nouveau parti politique de centre-droit dirigé par François Legault. Ce parti hypothétique est premier et reçoit 30% des intentions de votes. Est-ce que ce sont tous des gens non syndiqués? J’en serais grandement surpris.

Voir les centrales syndicales profiter du fait qu’ils briment le droit d’association de leurs membres pour se mêler à la politique provincial me laisse un goût amer. Malheureusement, il serait difficile d’appliquer une loi limitant la liberté d’expression des centrales syndicales, dû au fait que tracer la limite devient difficile. De plus, ceci pourrait leur donner une justification sur le fait qu’ils briment la liberté d’association de leurs membres. La meilleure solution serait d’abolir la formule Rand, en abrogeant l’article 47 du Code du travail.  Pour cela, il faudra un parti politique ayant le courage de rester debout contre le corporatisme syndical. D’ici à ce que les travailleurs retrouve leur liberté d’association, la population doit se lever et dénoncer la présence des centrales syndicats dans la politique.

2 réponses à Syndicats et politique: un mélange au goût amer

  1. Jean-François David dit :

    Ce serait aux syndiqués de se lever les premiers et de réclamer leur liberté de choix via l’abolition de la formule Rand.

  2. Dany dit :

    Oui, aux syndiqués et aux non-syndiqués.

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