Le monopole agroalimentaire

Pour certaines personnes, le syndicalisme est synonyme de «pour le petit travailleur» et s’opposer au modèle syndical québécois signifie être «pro-patronal» (voir commentaire au billet Pourquoi la liberté syndicale? ). Or, dans plusieurs cas, le modèle québécois est davantage axé sur le corporatisme plutôt que sur les travailleurs. L’Union des producteurs agricoles (UPA) en est un bon exemple.

En 1972, le gouvernement québécois adoptait la Loi sur les producteurs agricole qui donnait le pouvoir à une seule organisation de représenter tous les agriculteurs. C’était la naissance de l’UPA telle qu’on la connait maintenant. Bien qu’il ne soit pas obligatoire d’en devenir membre, tous les agriculteurs au Québec sont obligés d’y cotiser. En plus de devoir payer, ils doivent se conformer aux règles établies par l’UPA, cette dernière contrôlant la mise en marché, la commercialisation et le développement de la production agricole québécoise. Le Québec est la seule région du monde occidental à avoir encore de nos jours ce type de modèle unique de monopole agroalimentaire.

Plusieurs agriculteurs ont contestés ce monopole syndical, ne trouvant pas que leurs intérêts soient réellement défendus à travers cette entité. Des regroupements tel que l’Union paysane et la Coalition pour la liberté d’association en agriculture du Québec (CLAAQ) ont été formé dans les dernières années afin de demander au gouvernement de donner aux agriculteurs davantage de flexibilités pour pouvoir adhérer à l’organisation de leur choix.

En février 2008, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, commandé par le gouvernement québécois, a rendu public son rapport sur l’état de l’agriculture au Québec: c’est le fameux rapport Pronovost. Bien que le gouvernement québécois a été habituellement timide sur la question de l’UPA, le rapport Pronovost a pris une position très claire concernant l’UPA: le monopole syndical doit être brisé.

Dans le rapport Pronovost, on affirme entre autres:

Toutefois, dans une société démocratique, on peut difficilement justifier le maintien d’un régime qui oblige un groupe de personnes à adhérer à une structure unique d’association, régime qui,
au demeurant, ne prévoit aucun dispositif pour vérifier la volonté des personnes d’y adhérer ou d’y maintenir leur participation.

Pour l’instant, le gouvernement n’a pas indiqué son intention de changer la situation. L’UPA est devenu un puissant lobby résistant fortement contre les modifications de la loi. Sa position: le status quo. Il est difficile de concevoir que les «petits» soient ici protégés contre les «grands». Nous avons plutôt un bel exemple de corporatisme au détriment des plus petits.

Parmi les actions des contestataires, un groupe de producteur a produit le fromage le Brie du monopole, se voulant une critique au système actuel. Cependant, le président la Fédération des producteurs de lait, organisation affiliée à l’UPA, est allé rencontrer le producteur pour lui demander de retirer son produit (voir la nouvelle). C’est l’UPA qui contrôle la mise en marché, alors quelle option le producteur avait-il?

Benoit Girouard, président de l’Union Paysanne, a accordé une entrevue à 98.5FM. Écoutez la en cliquant sur le lien suivant: Entrevue sur le Brie du monopole. Cette entrevue parle de divers aspects de l’UPA, de son contrôle. Un résumé des critiques apporté par les producteurs est aussi contenu dans le document Le petit livre noir du monopole syndical en agriculture.

Ce monopole syndical n’est ni dans l’intérêt des citoyens ordinaires (il fait augmenter les coûts entre autres), ni dans l’intérêt de tous les producteurs agricoles. C’est du corporatisme, du contrôle centralisé avantageant quelques producteurs au détriment de certains plus petits producteurs.

Le rapport Pronovost a été clair sur la nécessité de briser le monopole. Plusieurs producteurs demandent l’abolition du monopole syndicale et la liberté de pouvoir s’associer à qui ils veulent. Qu’est-ce que le gouvernement attend? Personnellement, je trouve que ça sent l’argent et le lobbyisme intense.

5 réponses à Le monopole agroalimentaire

  1. Cyntia B dit :

    De toute évidence, l’UPA mène la vie dure à plusieurs producteurs au Québec. Que peut-on faire, en tant que citoyens et acheteurs, pour faire avancer le dossier à ce sujet ? Certaines habitudes d’achat peuvent-elles alléger le fléau duquel sont affligés les producteurs québécois ?

  2. Dany dit :

    Tous les produits québécois que nous achetons proviennent en théorie de membres de l’UPA. Pourrions-nous choisir des produits provenant seulement de producteurs s’opposant publiquement au monopole de l’UPA? Plusieurs s’opposent à l’UPA sans s’afficher ainsi, et ceux-ci seraient désaventagés. Ou pourions-nous acheter des produits non-québécois? Je doute que ce soit une bonne idée.

    À mon avis, seule une pression politique peut faire une différence. En parler à son député est déjà un bon début. La grogne chez les agriculteurs ne semble pas prêt de s’estomper de toute façon, alors encourageons-les à continuer leur combat.

  3. ghislaine fortin marois dit :

    Téléphoner à votre député est déjà un très bon geste et maintenir la pression en parlant à votre entourage pour qu’il fasse de même.

    Le gouvernement vient de pelleter plus de UN MILLIARD TROIS MILLIONS de déficit aux générations futures. Ce déficit provient de la “bonne gestion” de l’UPA qui avait pris en contrôle la Financière (argent des contribuables). L’UPA a accumulé ce déficit en moins de 7 ans en sus des centaines de millions annuels à leur disposition. L’ex-président Laurent Pellerin a reçu la Légion d’honner du Québec pour ce haut fait….

    Pour aider les petits producteurs: il y a des petits marchés publics, directement à la ferme, en visiitant le site de l’Union paysanne, du bouche-à-oreille etc.

    L’UPA n’est pas tendre envers les dissidents: on les accule à la faillite. L’UPA ne recule devant rien: j’en suis un exemple dans le sirop d’érable.

  4. ghislaine fortin marois dit :

    J’aimerais poser la question suivante et si vous avez une idée de réponse, s.v.p. me le faire savoir:

    Où est la logique d’imposer un quota de production dans le sirop d’érable quand on sait que le Québec produit plus de 85% de la production mondiale (les chinois ou autres n’en feront jamais) et qu’il n’y a aucun quota dans la production de porcs, avec la planète qui en produit à moindre coût?

    Il est vrai que dans le porc plus tu produis et bien, tu as un plus gros chèque pour compenser tes pertes, car le prix de vente ne couvre pas le coût de production.

    Il y a la poche du contribuable qui renfloue d’année en année ces pertes et l’UPA justifie ses demandes de subventions en prétendant “aider” les producteurs….mais une très petite minorité ramasse le pactole et quelques miettes sont jetées à la très grande majorité et ne rouspète pas car l’UPA va s’occuper de toi (lire: on va travailler à ta faillite). Pourquoi pensez-vous que le producteur de fromage a reculé pour son Brie du Monopole?

    • Dany dit :

      Pour ce qui est de la production du sirop d’érable, c’est sans doute pour faire augmenter les coûts et limiter la compétition entre les producteurs (au détriment des consommateurs). C’est un monopole en quelque sorte.

      C’est dommage à dire, mais je crois que si un producteur ne réussit pas à produire et vendre de façon efficace, il ne devrait pas être maintenu en vie artificiellement.

      Pour ce qui est du producteur du Brie du Monopole, il semble avoir eu peur du président Fédération des producteurs de lait. C’est un organisme très puissant: tu ne peux pas produire si tu n’es pas membre de ce syndicat.

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