Le Code du travail est un code dédié à définir les procédures pour obtenir une accréditation syndicale, ainsi qu’à définir les privilèges, les droits et certains aspects du fonctionnement d’un syndicat. À mon avis, il sert d’abord les intérêts du syndicat plutôt que du travailleur. Pour ce que j’en comprends, le raisonnement est le suivant: le syndicat a comme rôle de défendre les travailleurs et puisque les décisions du syndicat se font de façon «démocratique», on donne un important pouvoir au syndicat, et ce dernier se chargera de défendre les travailleurs.
Qu’en est-il si des travailleurs s’opposent à l’entrée d’un syndicat ou veulent expulser un syndicat déjà en place? Pour éviter l’entrée d’un syndicat, ils ont deux choix: soit prier pour que le syndicat ne ramasse pas assez de signatures (ou votes) ou prier pour que l’entreprise réussisse à contrer le syndicat.
Le système actuel donne peu de pouvoir aux travailleurs s’opposant au syndicat. D’abord, les syndicats sont habituellement soutenus par de grosses corporations: les centrales syndicales et leurs filiales. Ces dernières ont beaucoup d’expérience dans le processus d’accrédidation syndicale. Elles ont d’importants moyens pour aider les partisans du syndicat à obtenir une accréditation syndicale, dont des avocats et des employés qui peuvent travailler à obtenir des signatures de carte d’adhésion (du moins, c’était le cas dans l’accréditation que j’ai vécu personnellement).
L’allié naturel des travailleurs qui s’opposent à l’entrée du syndicat est l’employeur. Cependant, la loi limite et même empêche une collaboration entre ces deux parties. Par exemple, l’article 63 du Code du travail stipule que:
Un employeur ne peut être tenu, en vertu d’une disposition de la convention collective, de renvoyer un salarié pour la seule raison que l’association accréditée a refusé ou différé d’admettre ce salarié comme membre ou l’a suspendu ou exclu de ses rangs, sauf dans les cas suivants:
a) le salarié a été embauché à l’encontre d’une disposition de la convention collective;
b) le salarié a participé, à l’instigation ou avec l’aide directe ou indirecte de son employeur ou d’une personne agissant pour ce dernier, à une activité contre l’association accréditée.
Un employeur risque aussi des représailles s’il aide un employé dans ses démarches contre l’accréditation syndicale.
Que reste-t-il aux employés opposés au syndicat lors du processus d’accréditation syndicale? S’ils veulent convaincre les autres travailleurs de ne pas accepter l’accréditation syndicale, ils ont beaucoup de travail à faire. En plus de ne pas pouvoir être aidés par l’employeur, un employé peut en théorie devenir syndiqué sans même avoir été mis au courant des démarches d’accréditation. En effet, tel que discuté dans un billet précédent, lorsque 50% + 1 travailleurs d’une unité d’accréditation signent une carte d’adhésion au syndicat, ce dernier est automatiquement accrédité. On n’a pas à demander l’avis des autres travailleurs. Même si les travailleurs ne voulant pas du syndicat sont mis au courant, ce sera habituellement quand les démarches seront déjà en cours de route, ce qui donne un net désavantage à ceux qui s’opposent. Plusieurs employés risquent d’avoir déjà signer leur carte d’adhésion, sans même avoir entendu parler de l’autre côté de la médaille.
Si par chance le syndicat obtient moins de 50% d’adhésion, mais quand même plus que 35%, un vote aura lieu pour savoir si les travailleurs veulent ou non se syndiquer. Selon les informations que j’avais reçu d’une source de la Commission des relations de travail, qui est responsable d’accorder l’accréditation syndicale, le syndicat faisant la demande d’accréditation pour devenir un syndicat obtient alors la liste des personnes qui voteront. Les opposants n’ont pas droit à cette liste. L’employeur a cette liste, car c’est lui qui la fournit, mais celui-ci ne peut collaborer avec les travailleurs, tel que mentionné plus haut. Quand j’ai demandé à ma source de la Commission des normes du travail comment quelqu’un qui s’oppose pourrait passer son message sans avoir la liste, la personne m’a dit qu’on peut toujours s’installer dans les couloirs et passer le message… les opposants n’ont ainsi pas les mêmes privilèges que le syndicat.
Ainsi, le système ne protège pas avant tout le travailleur, mais plutôt les syndicats et leurs partisans. Ce n’est ainsi pas surprenant que des grandes corporations syndicales ont vu le jour, tel que la CSN et la FTQ, avec les privilèges dont elles jouissent. Les travailleurs peuvent difficilement se battre contre elles s’ils se sentent mal représentés, ou s’ils croient que leur yndicat fait du mauvais travail, sauf voter aux assemblées générales..
Une fois le syndicat installé, la difficulté de s’y opposer est encore plus grande. En effet, l’article 41 du Code du travail limite les périodes où on peut demander une révocation de l’accréditation syndicale. De plus, les syndicats ont développé des tactiques afin de limiter les risques de révocation d’accréditation syndicale, tel que l’inclusion de clauses de sécurité syndicale dans les conventions collectives. Je discuterai de ces clauses dans un prochain billet.
Je connais un seul organisme qui peut apporter une aide aux travailleurs: InfoTravail (ou LabourWatch). Vous pouvez visiter leur site à l’adresse www.infotravail.ca.
La seule façon que je vois qui pourrait permettre de donner un certain pouvoir aux travailleurs face au corporatisme syndical serait de leur donner une liberté syndicale, c’est-à-dire de leur permettre de refuser de contribuer financièrement au syndicat en place. Ils auraient dans ce cas une réelle liberté d’association.